Peur quand tu me tiens

Parfois

Il m’arrive

De ressentir

La peur

Celle qui est bête

Celle qui inhibe

Toute logique

Toute clarté d’esprit

La peur

Qui donne froid

Qui donne envie

De me rouler en boule

Afin de retenir

Ma sérénité

Empêcher la folie

De m’emparer

Quand je croise un musulman

Vêtu de sa longue tunique blanche

Juste au coin de ma rue

Quand je croise un groupe d’africain

Qui parlent fort et dont les voitures

Laissent échapper une puissante musique

Juste au coin de ma rue

Quand mon voisin Québécois francophone

Crie à outrance

Après mon voisin Indien

Parce que les jeunes enfants

De ce dernier

Jouent et crient dans la ruelle

J’ai peur

Peur que la violence d’ailleurs

S’installe trop près de chez moi

Peur pour mes enfants

Car ils auront bientôt l’âge

De circuler à pied la nuit

J’ai l’inquiétude dominante

Encore

À la vue des bleuets

Des États

Trop peu coûteux

Chez IGA

Or

On achète local

Bien trop peu

Nos agriculteurs en arrachent

Qu’adviendra-t-il de notre pays

Quand l’économie sera asservie

Qui contrôle ça

Qui accepte ces projets de loi

Qui essuiera les dégâts

Alors

Je ferme les yeux

Je respire

Je pense à quelque chose de beau

Je m’efforce à sourire

Je pars un lavage

Une recette

Un peu de ménage

Pour ménager mes méninges

Pour arrêter de penser

À quoi donc me sert

Mon éducation

Face à ces peurs

Je me sens coupable

De ne rien faire

D’avoir envie

De me sauver

Loin

En forêt

Me bâtir

Une micro maison

Et m’y blotir

Me sentir enfin

À l’abri

Puis

Ça passe

Le sentiment

S’estompe

Je sors la recette du four

Je plie la lessive

Ça va

Ça va mieux

Ça va aller

Pas vrai?

Les vacances tous les jours

S’acheter un tapis qui

Se donnait des airs

De grand-mère

Entrer dans une friperie

Tout y est à moitié prix!

S’abreuver l’esprit

De la sagesse contemplée

D’une fontaine

En se délectant de fraises

Assise sous les feuillus

Faire sa fortune

D’un arrêt chez

Le maraîchère

Têtes de violons

Incarnation

D’un doux bonheur

Les vacances sont

Un état d’esprit

Fantômes dans mon café

Un château fort

Fait de cartes à jouer

Délicatement posées

Appuyées

Les unes sur les autres

D’apparence impressionnante

Il suffit pourtant d’un souffle

Pour que tout frémisse

Puis

S’écroule

Bien certainement

S’y remettre

Prendra des heures

Par manque de confiance

Comprendre

Que sans crier gare

La terre peut

Trembler à nouveau

Le vent se lever

Et souffler

Sur notre entière constitution

Se sentir fatiguée

Sans trouver le sommeil

Savoir que le vent souffle

Malgré lui

N’en diminue pas

La peine et la déception

Rire

« J’ prendrais la tarte fromage, chocolat, caramel…

Mais

Avec le gluten »

Annonca-t-il

À la serveuse du chic bistro

« Il est vrai que c’est là

Que se trouve tout le goût »

Répondit-elle

Du tac au tac

Et moi de pouffer

De rire

Surprise de la tournure

De cet échange anodin

***

On pourrait se faire un spa ici;

Sauter dans la rivière

Revenir à la chambre

Prendre une douche très chaude

Redescendre à la rivière

Sans prendre le temps de s’essuyer

Mettre de l’eau partout dans le gîte

Si calme et rangé

Et

Recommencer

Monter descendre

Trempés

À trois reprises

S’imaginer le faire pour vrai

Fou rire

À pu finir

***

Rire par empathie

Pour ce papa

Aux allures babas

Qui tente

De garder son calme

Qui tente

D’apprendre à sa fillette

À aller à bicyclette

Sans connaître la recette

Sans trop savoir comment

Se souvenir

À travers lui

Que ça a déjà

Été notre tour

Et rire

Rire le souvenir

De ces émotions

***

Rire à jouer

Jouer à des jeux

À deux

The Boss

Jambo

Carcassonne

Dans les restos

Sur différentes terasses

En attendant d’être servis

Se servir à rire

***

Rire

D’imagination débordante

Rire

D’inventer la vie des gens rencontrés

À partir d’une mince bribe

À peine perceptible:

« Combien ça coûte c’t’affaire là? »

Crache l’homme à califourchon

Arrêté sur son vélo

En bordure de piste

Il est au téléphone

Exaspéré

Au moment où

On s’adonne à passer

On pourrait croire que sa femme

Dépense son dur gagné

Et si c’était plutôt son conjoint

Pâmé chez l’antiquaire

Parce qu’il a déniché

Le pot de chambre

L’aubaine inespérée

Comme c’est drôle

D’imaginer…

Drôle

D’être à deux et

Rire

Ensemble

C’est dont bon

Puis revenir et

Évoquer

Avec plaisir

Ces doux moments

On a tant rit

Retrouver les enfants

Et

Perpétuer

Cet état

À l’heure des repas

S’esclaffer

À l’unisson

Sans trop comprendre

Comment

Mais

En profiter

Et espérer leur léguer

Le rire en héritage

Le jour du sandwich

Un sandwich peut-il être

Une oeuvre d’art?

Un plaisir gustatif intense

Au point de l’élever

Bien au delà de sa mission première

De remplir la panse

Oui

Bien sûr

Si

L’exercice débute

Au marché

S’amorce alors un processus

Une altération de l’esprit

Le marché

Cet univers extra temporel

Tous le passés y côtoient tous les présents

Les traditions sont là

Immuables

Pourtant

Réinventées

Fusionnées

En un tourbillon de saveurs nouvelles

Le marché

Lieu de toutes les générations

Lieu de respect

D’histoire

De mémoire

Collective

Se laisser happer

Par sa force singulière

On en perd presque

La raison

On peine à

Rester centré sur

L’objectif de la visite

Passer d’abord

Chez le boulanger

Arrêter son choix

Sur un pain

Donnera le ton

Un pain aux dattes

N’inspire pas le même alliage

Qu’un pain au fromage

S’éprendre

Ce jour-là

Du pain olives et ciboulette

Déambuler ensuite

En quête de saveurs

Improviser

Avec soin

Sélectionner

Des micro pousses de

Tournesol

Succomber devant

Coriandre et menthe

Opter pour

Le végé pâté cumin et curry

Ajouter

Un pot de yogourt frais

Déposer ces aliments

Dans son baluchon et

Fuir la ville

Marcher en bordure d’une rivière

Trouver le petit coin

La scène qui saura

Honorer le repas

Respirer la vue découverte

Y dérouler la couverture

Enlever ses chaussures et

Débuter

Cérémonieusement

Ouvrir la baguette

Étendre le yogourt

Déposer le pâté végé

Garnir de pousses de tournesol

Alterner

Feuilles de menthe et de coriandre

Refermer délicatement

Prendre une bouchée

Sourire la surprise de l’amalgame

Fraîchement inusité

En reprendre

Savourer la frénésie des papilles

À croquer dans la menthe

S’amuser du tumulte des sens

Jusqu’à la toute dernière bouchée

Comprendre alors qu’on a transcendé

Le sandwich

Pour en faire

Un moment de gloire

Une expérience

En toute créativité

Pause près d’une chute

Arrêter mon corps

Déposer mon corps

Mon être tout entier

Dans ce berceau

En pleine forêt en

Bordure d’une rivière

Chantante

Silent disco que ces arbres

Aux feuilles frémissantes qui

Se trémoussent à perte de vue

Pour mes yeux voyeurs

D’admiration

J’ai vos ombres tatouées sur la jambe

Beauté partout où mon regard

Improvise une pause

À nue

Simplement toi

Sublime dans ta simplicité

Sensuellement sereine

Pour un instant infini

Je te goûte

L’astre lui

Luit de là-haut

Bienveillant

Veillant baba

Sur l’entité ci-bas

Racines

Courant dans tous les sens

À découvert pour

Ne rien cacher de tant d’efforts

Pour vivre

Près du courant

Tout témoigne de tant de vivacité

J’en profiterai encore

Quelques instants

Puis

Vînt le temps de clore cette fête

Les grands cèdres s’immobilisèrent

En gardiens qu’ils sont

On ne va pas plus loin

Semblaient-ils proclamer

Finir notre bouchée

Et quitter

À contrecoeur

Mais le coeur rempli

Alors que les nuages

Tirent le rideau

Sur ce spectacle

Mémorable

P’tit train va loin

Je file vers le sud

Visage au vent

Souvenirs en tête

Mémoire en fête

J’entends ma monture

Fredonner du Paul Piché

Di de la di

Di de la da

Di de la di de la di de la da

Car la sangle de ma saccoche

Agace le rayon de ma roue

Ça élargit le sourire

Suivre la rivière

Sous les arbres

En haie d’honneur

Le long du roc

Souverain

Assaillie des odeurs

De la terre et des conifères

Saluer

En chassé croisé

Le défilé de cyclistes

Se faire doubler

Par des retraités

Ouch…

Passer deux gros chiens

Arrêtant leur promenade

Siégeant momentanément

Sur le gazon

Le temps de notre passage

Manquer un chevreuil

Voir une marmotte

Et une multitude de papillons

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Leur liberté